La phytothérapie connaît un essor considérable au Maroc. 80 % des patients utilisent des plantes médicinales, souvent sans en informer leur médecin. Le pharmacien est le dernier rempart pour détecter les interactions potentiellement dangereuses entre plantes et médicaments.
Les 7 interactions les plus fréquentes en officine marocaine
1. Millepertuis + antidépresseurs/contraceptifs/anticoagulants
Le millepertuis est un puissant inducteur du CYP3A4 et de la P-glycoprotéine. Il réduit l’efficacité de dizaines de médicaments : contraceptifs oraux (grossesse non désirée), ciclosporine (rejet de greffe), warfarine (risque thrombotique), antirétroviraux.
2. Pamplemousse + statines/amlodipine/ciclosporine
Le jus de pamplemousse inhibe le CYP3A4 intestinal, augmentant la biodisponibilité (et la toxicité) de nombreux médicaments. Avec les statines : risque de rhabdomyolyse.
3. Gingko biloba + anticoagulants/antiagrégants
Le gingko inhibe le PAF (facteur d’activation plaquettaire). Association avec AVK, aspirine ou clopidogrel : risque hémorragique majoré.
4. Réglisse + antihypertenseurs/diurétiques
L’acide glycyrrhizique provoque une rétention hydrosodée et une hypokaliémie. Contre-indiqué chez les hypertendus et les patients sous diurétiques ou digitaliques.
5. Curcuma + anticoagulants
La curcumine a un effet anti-plaquettaire documenté. Prudence en association avec les AVK ou les AOD.
6. Valériane + benzodiazépines/barbituriques
Potentialisation de l’effet sédatif. Risque de somnolence excessive. Prévenir le patient sur la conduite automobile.
7. Ail à haute dose + antirétroviraux/anticoagulants
L’ail frais en grande quantité ou en extrait concentré réduit les taux de saquinavir et potentialise l’effet anticoagulant.
La démarche de conseil officinal
- Demander systématiquement : « Prenez-vous des plantes, des compléments alimentaires ou des produits naturels ? »
- Vérifier les interactions avec le traitement en cours (Thériaque, Vidal, base Hedrine)
- Informer sans alarmer : « Cette plante peut modifier l’effet de votre médicament, il vaut mieux en parler à votre médecin »
- Documenter dans le dossier patient si votre LGO le permet